H-ONE

CYGNE II

Southern French Metal

Autoproduction

7/10


Généralement un cygne est une sacrée saloperie qui bat des ailles tout en faisant un sacré boucan, et qui très logiquement pince le cul de celui qui s’en approche d’un peu trop près. H-One c’est presque la même chose, sauf qu’à la place des ailes, il bat des nuques, et plutôt que de simplement pincer l’arrière train, son Cygne II préfère enfoncer une Dr. Martens taille 46 dans le fondement…

Sur cette amorce pour le moins poétique, revenons pour le moins vers l’amour du Prochain (et accessoirement son élongation de cervicales), de la Nature ou des oiseaux, et profitons-en pour nous poser en fervent défenseur écolo. Parce que oui, le représentant Anatidae est d’autant plus agressif quand son message est de protéger ses pairs et l’ensemble des étendues d’eaux. Cause tout à fait louable qui annonce bonnement H-One comme un groupe bien beau et sympathique mais surtout assurément adulé des Sea Shepherd et autres activistes protecteurs des mers ! Le tout sans même faire appel au pathos et provoquer les chialeuses dans les chaumières… Par conséquent et même pour les âmes pas tellement sensibles et pleureuses, les tripes sont rapidement prises d’une envie assez féroce de protéger mère Nature ainsi que ses petits êtres à plumes innocents. C’est à peu près comme ça, par cette soudaine conscience de la fragilité de tout ce qui est vert, qu’H-One commence à résonner dans ta chaumière…

Alors quitte à devenir tous activistes et finir par se retrouver à fracasser une barque contre la plateforme pétrolière d’une puissante firme multinationale, autant commencer par un disque metal pour décrasser l’environnement musical. Pour cela, H-One propose un condensé de bourrinage de kit de batterie épaulé de riffs alternant la vitesse des battements d’ailes et l’oppressante lourdeur d’un pétrolier chavirant lentement (« Salt War »). Une sorte de parade nuptiale entre décibels et nénuphars vantant son lot de titres coups de poing (« Mother ») et promettant pour l’avenir un côté bien plus groove (« Pray For My Name »), sans toutefois oublier de marquer les esprits de l’instant présent (« Headcharger » ou encore le gojiresque « Black Cloud »). Cygne II s’appréhende comme un album bien plus de haut vol que de basse-cour, un disque à l’ensemble assez compact ayant peut être pour seul bémol, le petit déséquilibre pointant parfois le bout d’une aile dans l’efficacité de certains titres.

Quoi qu’il en soit, le monstre aquatique à trois têtes ballade dans ses remous de belles petites découvertes auditives agréables et presque inattendues, comme l’interlude « Moved Reasons », la piste acoustique cachée (spoiler alert !) ou encore les apparitions d’un chant clair (« Final Track ») qui mériterait peut être d’obtenir davantage de parts sonores (dans la limite du raisonnable, pas d’excès hein !). Et c’est là où H-ONE est sans doute le meilleur, dans cette sorte d’exploration et de bousculade des genres pour émerger au milieu de cette vase d’influences, s’en dégager et chercher une sonorité brutale propre et plutôt attrayante. Une belle initiative à saluer, et ayant pour sûr pas mal d’idées ! D’ailleurs, H-ONE affiche et revendique timidement une face clairement séduisante l’annonçant comme un groupe à surveiller et qui saura à coup sûr surélever la barre à en crever le plafond. Du coup, en attendant le majestueux grand Cygne blanc (sous la forme d’un Cygne III peut-être ?), le jeune cygneau envasé se débat et ses ailes battent à en décrocher certaines nuques pour s’envoler !

Les tympans y laissent forcément des plumes mais certaines résistent encore, alors si réellement avant de mourir, le cygne chante davantage et avec plus de force, espérons pour le futur que le cygnon ne rende pas son dernier souffle trop tôt mais qu’il décibéllise encore bien plus fort ! Juste pour qu’il finisse logiquement par démazouter les oreilles résistantes et fracasser les quelques vingt-quatre vertèbres cervicales de l’impressionnant cou courbé de ce nouveau headbangueur aquatique…

A propos de l'auteur

Chargé des Relations Presse, manager, tourneur et baby-sitter rock'n'roll pour groupes un peu trop paumés ✠ Egalement rédacteur pour Illico! et French-Metal (chez la concurrence quoi !).

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